Chambre funéraire

06/12/2016 Commentaires fermés sur Chambre funéraire

Après trois carrefours giratoires, souvent appelés ronds-points à l’anglaise, nous peinons à trouver la chambre funéraire dans la ZI parmi un fatras d’entreprises disparates aux bâtiments mal finis, d’installations en jachère, de voies qui terminent sur des friches.
Arrivons, finalement, après avoir demandé notre chemin ; nous venions de passer devant cet édifice quelconque. Des hommes en noir sur le seuil abrité par une véranda nous indiquent d’un geste le bout du bâtiment. À la fin d’un plan incliné bordé de parterres, la porte défendue par un digicode arbore une feuille A4 sous plastique indiquant l’état civil de la défunte : nom de jeune-fille, nom de mariage. Nous ne connaissions pas son prénom, ses voisins l’appelaient Brigitte par dérision. Cette porte extérieure donne directement sur la chambre, la lumière du soleil d’octobre y entre incongrûment et trace un triangle éclatant sur le sol. Le groom mécanique nous plonge dans l’obscurité, nous distinguons à peine le bout du lit de la morte et finissons par trouver l’interrupteur d’éclairage qui délivre une lumière orangée parcimonieuse.
Mme F. est là. Les murs crépis sont peints en vert d’eau, littéralement : glauque, « snotgreen » comme l’écrivait James Joyce dans Ulysses. Vert possiblement en lien avec le Psaume 23 : « Il me fait reposer dans de verts pâturages ». Deux ou trois méchants tableaux de nature : lacs et forêts d’automne décorent la pièce. Un christ doré placé au chevet dégouline sur sa croix, celui-là ne ressuscitera pas, c’est sûr.
Lyne est là, — son décès nous aura appris son prénom — sur un faux lit réfrigéré dont les pieds d’apparat ne reposent pas sur le sol. Mort irréfragable, dûment constatée et pourtant incroyable. Que peut-on faire face à un mort ? Le regarder et dire qu’il a les traits reposés ? Un mort, c’est plus que silencieux, cela impose le silence. Ou la prière. Nous prions.

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